{"id":74,"date":"2022-10-14T14:55:06","date_gmt":"2022-10-14T12:55:06","guid":{"rendered":"https:\/\/contrelescientisme.noblogs.org\/?p=74"},"modified":"2022-10-14T14:55:06","modified_gmt":"2022-10-14T12:55:06","slug":"anarchisme-et-science-jose-ardillo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/contrelescientisme.noblogs.org\/?p=74","title":{"rendered":"Anarchisme et science &#8211; Jos\u00e9 Ardillo"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><b>Jos\u00e9 Ardillo<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><b>ANARCHISME ET SCIENCE<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\">(<em>Al Margen<\/em> [Valencia], n\u00b0s 75, 76 et 77,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\">entre 2010 et 2011 &#8211; Traduit de l&rsquo;espagnol)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">La philosophie anarchiste a d\u00e8s l\u2019origine litt\u00e9ralement v\u00e9n\u00e9r\u00e9 la science \u2014 aucun doute n\u2019est possible \u00e0 cet \u00e9gard. Et pourtant, il ne faut pas oublier que Bakounine lui-m\u00eame fut un des premiers \u00e0 attirer l\u2019attention sur les dangers encourus \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on place une confiance aveugle dans le pouvoir de la science et des scientifiques. Soulignant le risque d\u2019attribuer un trop grand pouvoir \u00e0 certains groupes d\u2019experts au d\u00e9triment des capacit\u00e9s de jugement de la majorit\u00e9 des gens, il entrevoyait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son \u00e9poque comment la science pouvait faire alliance avec les ennemis du peuple en vue de le soumettre toujours plus. En outre, Bakounine voyait dans la science une sorte de tyrannie pesant sur la r\u00e9alit\u00e9, \u00e9crasant la vitalit\u00e9 de l\u2019esprit humain, immolant sa spontan\u00e9it\u00e9 cr\u00e9atrice \u00e0 grands coups de concepts arides. Les rares pages dans lesquelles il esquissa cette critique de la science n\u2019eurent pas beaucoup d\u2019\u00e9cho parmi les militants d\u2019alors, et c\u2019est ainsi qu\u2019une grande partie de la pens\u00e9e anarchiste consid\u00e9ra que son id\u00e9al d\u2019\u00e9mancipation d\u00e9pendait entre autres des progr\u00e8s scientifiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\"><!--more--><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">Plusieurs pistes permettent d\u2019expliquer le sentiment de dette que l\u2019anarchisme semblait avoir envers la science. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, tout le progressisme scientifique classique subissait l\u2019influence de l\u2019Encyclop\u00e9die et de la philosophie des Lumi\u00e8res, et il en \u00e9tait de fait l\u2019h\u00e9ritier. La philosophie anarchiste, qui vit le jour au XIXe si\u00e8cle, ne pouvait \u00e9viter cette inspiration. Pratiquement tous les mouvements d\u2019\u00e9mancipation politique de cette \u00e9poque s\u2019identifiaient au progr\u00e8s de la Raison et de la Science. Il aurait difficilement pu en \u00eatre autrement \u00e0 cette \u00e9poque. Mais il existe aussi une raison suppl\u00e9mentaire tr\u00e8s forte \u00e0 cette v\u00e9n\u00e9ration de la part des anarchistes : les agitateurs de ce mouvement pensaient fort justement que le peuple \u00e9tait priv\u00e9 du savoir et de la science de fa\u00e7on d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, en vue de l\u2019opprimer plus ais\u00e9ment. L\u2019ignorance \u00e9tait l\u2019attribut du d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 exploit\u00e9 par les puissants. La classe dirigeante avait de bonnes raisons de laisser les travailleurs dans l\u2019ignorance, et c\u2019\u00e9tait pour les anarchistes le progr\u00e8s lui-m\u00eame qui r\u00e9v\u00e9lait l\u2019ignominie de la situation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">La pens\u00e9e \u00e9mancipatrice classique avait en g\u00e9n\u00e9ral une vision quelque peu rudimentaire de la relation entre savoir et pouvoir politique. Lorsqu\u2019elle analysait l\u2019ignorance de la classe ouvri\u00e8re, le fait que celle-ci soit le fruit du processus d\u2019acculturation provoqu\u00e9 par l\u2019industrialisation forcen\u00e9e restait dans l\u2019ombre. On consid\u00e9rait alors que tout savoir objectif valable \u00e9tait le produit de l\u2019\u00e9volution de la m\u00e9thode scientifique, et ce faisant on oubliait tous les savoirs empiriques caract\u00e9ristiques des cultures pr\u00e9industrielles et indig\u00e8nes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">L\u2019anarchisme et le socialisme proposaient la plupart du temps une image du savoir tenant excessivement du rationalisme des Lumi\u00e8res et de sa fascination pour l\u2019id\u00e9al de la science instrumentale. Le sch\u00e9ma historique pr\u00e9sentant la Science et la Raison comme les vainqueurs face aux t\u00e9n\u00e8bres de la cr\u00e9dulit\u00e9 et de la superstition \u00e9tait accept\u00e9 sans discussion.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">Bien \u00e9videmment, les anarchistes, de m\u00eame que Marx et beaucoup d\u2019autres, analys\u00e8rent le ph\u00e9nom\u00e8ne religieux comme \u00e9tant le fruit de l\u2019ignorance et de la faiblesse humaine, et de ce fait comme un instrument de domination visant les exploit\u00e9s. En r\u00e9glant ainsi la question de la religion, et dans ce cas du christianisme, l\u2019anarchisme fut victime d\u2019une simplification outranci\u00e8re. S\u2019il est vrai que la religion \u00e9tait historiquement l\u2019alli\u00e9e des pouvoirs en place, il n\u2019en reste pas moins que de nombreux soul\u00e8vements de l\u2019\u00e8re pr\u00e9industrielle appartenaient \u00e0 des mouvements \u00e0 caract\u00e8re religieux : le pr\u00eatre John Ball au XIVe si\u00e8cle, le pr\u00e9dicateur Thomas M\u00fcnzer au XVIe si\u00e8cle, ou l\u2019agitateur chr\u00e9tien Gerrard Winstanley au XVIIe si\u00e8cle, furent \u00e0 la t\u00eate d\u2019importantes r\u00e9voltes paysannes o\u00f9 s\u2019exprimaient des id\u00e9aux sociaux proches de l\u2019anarchisme. Et ce furent les nouvelles classes dirigeantes, la bourgeoisie et les tenants de sa propagande, qui utilis\u00e8rent la Science et la Raison pour d\u00e9capiter l\u2019autorit\u00e9 de droit divin, en finir avec l\u2019Ancien R\u00e9gime et instaurer le capitalisme industriel comme syst\u00e8me encore plus perfectionn\u00e9 de domination des peuples.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">Cette \u00e9vidente ambigu\u00eft\u00e9 dans l\u2019\u00e9volution des id\u00e9aux sociaux ne fit pourtant pas fl\u00e9chir la foi dans le Progr\u00e8s, en tout cas pas dans un premier temps. L\u2019optique par trop sch\u00e9matique que fournissaient les encyclop\u00e9distes aux anarchistes pr\u00e9sentait la modernit\u00e9 comme la fin de la tyrannie obscurantiste des anciennes classes dominantes et l\u2019av\u00e8nement possible d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle \u00e9tablie sur la libert\u00e9 et la raison. Les anarchistes ne croyaient \u00e9videmment pas que le seul mouvement historique conduirait \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation, mais sans consid\u00e9rer que la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne suffirait \u00e0 lib\u00e9rer les forces r\u00e9novatrices qui grondaient au sein du monde industriel, ils tendaient pourtant \u00e0 adopter sans le questionner l\u2019id\u00e9al progressiste scientifique h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019id\u00e9ologie bourgeoise. De fait, la r\u00e9appropriation de la science fut l\u2019une des premi\u00e8res t\u00e2ches que s\u2019impos\u00e8rent les anarchistes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">\u00c0 raison, ces derniers visaient les restes d\u2019une religion catholique parasitant encore les institutions et la vie culturelle, tout particuli\u00e8rement dans un pays comme l\u2019Espagne o\u00f9 celle-ci exer\u00e7ait une forte r\u00e9pression. Il est vrai que l\u2019\u00c9glise, pour tenter de conserver quelques bribes de pouvoir et sa tutelle sur la population, ne pouvait que s\u2019opposer \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res et \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e de la science. Elle avait en effet \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e au second plan par l\u2019expansion de la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale, et le dogme religieux se mit \u00e0 sentir le rance quand il dut se confronter \u00e0 la philosophie bourgeoise et aux \u00ab libres-penseurs \u00bb. M\u00eame si, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, l\u2019\u00c9glise catholique \u2014 et le christianisme en g\u00e9n\u00e9ral \u2014 conservait une place pr\u00e9pond\u00e9rante en Europe, l\u2019emprise de sa doctrine \u00e9tait d\u00e9clinante, les conqu\u00eates de la science et du rationalisme s\u2019\u00e9tant fray\u00e9 un chemin depuis d\u00e9j\u00e0 des si\u00e8cles. Quand les anarchistes \u00e9merg\u00e8rent, ils estim\u00e8rent devoir combattre une doctrine qui n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une coquille vide, une foi effiloch\u00e9e qui s\u2019agrippait comme elle pouvait \u00e0 la vie collective pour tenter de conserver son influence. En r\u00e9sum\u00e9, les anarchistes contempl\u00e8rent avec enthousiasme l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00e8re scientifique, parce qu\u2019ils voyaient en elle la victoire de la lumi\u00e8re et de la raison sur la superstition et l\u2019ignorance, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ils assistaient \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019un nouveau culte, celui de la science qui, alli\u00e9e au pouvoir, inaugurerait une nouvelle forme d\u2019oppression, comme Bakounine en avait eu l\u2019intuition.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">La plupart des anarchistes pensaient ing\u00e9nument que le progr\u00e8s scientifique se rangerait \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s une fois que la science cesserait d\u2019\u00eatre utilis\u00e9e comme un instrument de propagande servant la classe dominante. Voil\u00e0 pourquoi les anarchistes s\u2019oppos\u00e8rent \u00e0 Malthus, Herbert Spencer, Thomas Huxley, Cesare Lombroso et \u00e0 tous ceux qui tentaient de justifier un certain \u00e9tat de choses en ayant recours \u00e0 une approche soi-disant empirique et objective. Si la figure du scientifique restait celle d\u2019un h\u00e9ros de la lutte pour la v\u00e9rit\u00e9, comme l\u2019avait \u00e9t\u00e9 Galil\u00e9e, il s\u2019agissait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de livrer bataille face aux manipulations mal intentionn\u00e9es de la v\u00e9rit\u00e9. La science bourgeoise \u00e9tait donc, apr\u00e8s l\u2019\u00c9glise, l\u2019ennemi id\u00e9ologique n\u00b02. En somme, l\u2019id\u00e9e \u00e9tait qu\u2019une fois mis en d\u00e9route les religions et autres cultes irrationnels, une fois d\u00e9masqu\u00e9e l\u2019imposture bourgeoise face \u00e0 la science, la v\u00e9rit\u00e9 s\u2019ouvrirait un chemin et viendrait soutenir tout naturellement le projet universel d\u2019\u00e9mancipation. Mais jusqu\u2019\u00e0 quel point ce progressisme pesa-t-il sur l\u2019\u0153uvre politique du mouvement libertaire ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\">C\u2019est \u00e0 Kropotkine, grand th\u00e9oricien de l\u2019anarchisme et scientifique renomm\u00e9, que l\u2019on doit l\u2019int\u00e9gration de l\u2019analyse sociale anarchiste au courant intellectuel progressiste du XIXe si\u00e8cle. \u00c0 la lecture de son livre pr\u00e9cis\u00e9ment intitul\u00e9 <i>La Science moderne et l\u2019anarchisme, <\/i>on pourrait penser qu\u2019il consid\u00e9rait le second comme un rejeton politique du premier. On peut y lire :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0L\u2019Anarchie est le r\u00e9sultat in\u00e9vitable du mouvement intellectuel dans les sciences naturelles qui commen\u00e7a vers la fin du XVIIIe si\u00e8cle, fut ralenti par la r\u00e9action triomphante en Europe apr\u00e8s la chute de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et recommen\u00e7a, dans la compl\u00e8te \u00e9closion de ses forces, depuis la fin des ann\u00e9es 1850. Les racines de l\u2019Anarchie sont dans la philosophie naturaliste du XVIIIe si\u00e8cle. Mais elle ne put recevoir ses fondements complets qu\u2019apr\u00e8s la renaissance des sciences, qui se produisit au commencement de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle et qui donna une vie nouvelle \u00e0 l\u2019\u00e9tude des institutions et des soci\u00e9t\u00e9s humaines sur une base naturaliste.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">D\u2019apr\u00e8s Kropotkine, celui qui applique la m\u00e9thode scientifique \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 pourrait \u00eatre capable, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019observation rigoureuse, de d\u00e9m\u00ealer les traits constitutifs des institutions de pouvoir :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Profitant des documents historiques accumul\u00e9s par la science moderne, l\u2019Anarchie a d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, dont l\u2019oppression grandit de nos jours de plus en plus, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019une superstructure nuisible et inutile, qui, pour nous, Europ\u00e9ens, ne date que des XVe et XVIe si\u00e8cles : superstructure faite dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du capitalisme, et qui fut d\u00e9j\u00e0, dans l\u2019Antiquit\u00e9, la cause de la chute de Rome et de la Gr\u00e8ce, ainsi que de tous les autres centres de civilisation en Orient et en \u00c9gypte.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Il affirmait un peu plus haut dans le m\u00eame texte :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0L\u2019Anarchie repr\u00e9sente une tentative d\u2019appliquer les g\u00e9n\u00e9ralisations obtenues par la m\u00e9thode inductive des sciences naturelles \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation des institutions humaines. Elle est aussi une tentative de deviner, sur la base de cette appr\u00e9ciation, la marche de l\u2019humanit\u00e9 vers la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la fraternit\u00e9, afin d\u2019obtenir la plus grande somme possible de bonheur pour chacune des unit\u00e9s dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Kropotkine, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019un certain \u00ab socialisme scientifique \u00bb, ne se laisse pas prendre au pi\u00e8ge de l\u2019id\u00e9ologie qui postule l\u2019in\u00e9vitable avanc\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste vers une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire. Et il est int\u00e9ressant de noter la place qu\u2019occupe dans son approche la m\u00e9thode scientifique en tant qu\u2019instrument d\u2019analyse sociale : c\u2019est justement cette d\u00e9votion \u00e0 la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, fond\u00e9e sur la somme de ses observations directes de la r\u00e9alit\u00e9 et de la nature, qui fait toute la valeur de son \u0153uvre. <i>L\u2019Entraid<\/i>e, <i>L\u2019\u00c9tat <\/i>ou <i>L\u2019Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise <\/i>sont le fruit de cet \u00e9lan d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 pour d\u00e9fendre la v\u00e9rit\u00e9 en tentant de formuler des principes g\u00e9n\u00e9raux (l\u2019entraide comme facteur d\u2019\u00e9volution, ou l\u2019\u00e9mergence historique de l\u2019\u00c9tat comme forme d\u2019oppression) fond\u00e9s sur une \u00e9tude rigoureuse des faits. Kropotkine a ainsi ouvert de nouveaux horizons \u00e0 la r\u00e9flexion politique. <i>L\u2019Entraide<\/i>, \u00e9crit en r\u00e9ponse au darwinisme social (que certains qualifient simplement de \u00ab spencerisme social \u00bb), permet d\u2019int\u00e9grer l\u2019histoire des institutions humaines dans le cadre plus global de l\u2019\u00e9volution naturelle des esp\u00e8ces. Mais l\u00e0 o\u00f9 certains ne voient, dans un domaine comme dans l\u2019autre, qu\u2019une lutte pour la survie et une adaptation des meilleurs, l\u2019anarchiste pose la solidarit\u00e9 comme principe de base pour la conservation de la vie. Sa philosophie sociale s\u2019enrichit de ses connaissances g\u00e9ographiques et g\u00e9ologiques, et ses \u00e9crits restent une r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Mais \u00e0 la diff\u00e9rence de Bakounine, Kropotkine ne fut pas capable de d\u00e9tecter le danger r\u00e9sultant de l\u2019av\u00e8nement d\u2019une id\u00e9ologie scientifique. Il lui \u00e9tait \u00e9galement impossible d\u2019imaginer que la communaut\u00e9 scientifique en arriverait \u00e0 former une v\u00e9ritable \u00e9lite d\u2019experts au service des int\u00e9r\u00eats de la classe dominante. Il \u00e9tait en d\u00e9finitive par trop optimiste quant aux applications techniques et industrielles de la science. Son ami \u00c9lis\u00e9e Reclus, lui aussi g\u00e9ographe et homme de science, avait eu pour sa part l\u2019intuition du probl\u00e8me que repr\u00e9sentait la connaissance scientifique comme savoir fragment\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Dans son \u0153uvre la plus connue, <i>L\u2019Homme et la Terre<\/i>, il dit, en se r\u00e9f\u00e9rant aux scientifiques, qu\u2019\u00ab ils courent, au point de vue moral, un danger particulier qui provient d\u2019une trop grande sp\u00e9cialisation \u00bb. Et Reclus \u00e9tait loin de pouvoir \u00e9valuer \u00e0 quel point ce savoir scientifique allait se retrouver aujourd\u2019hui dispers\u00e9 en une myriade de disciplines\u2026 Il fut lui-m\u00eame l\u2019incarnation du savant d\u00e9tenant un savoir encyclop\u00e9dique, et une bonne partie de son \u0153uvre vient aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019appui de la critique \u00e9cologique. Son enthousiasme pour le Progr\u00e8s \u00e9tait souvent mod\u00e9r\u00e9 par l\u2019apport de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences aux peuples de l\u2019Antiquit\u00e9 et de la Pr\u00e9histoire.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Nous pouvons donc voir comment l\u2019anarchisme s\u2019est notablement enrichi de l\u2019id\u00e9al scientifique de l\u2019\u00e9poque, avec l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019observation et la v\u00e9rification (par la reproductibilit\u00e9 des exp\u00e9riences), l\u2019autocritique et la rigueur, la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et du savoir universel, etc. Mais les probl\u00e8mes de la transformation de la science en un \u00ab scientisme \u00bb, de la marchandisation du savoir scientifique, des exc\u00e8s de la technologie, etc., rest\u00e8rent sans r\u00e9ponse.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Dans un des textes classiques du mouvement libertaire espagnol, <i>El proletariado militante <\/i>(Le prol\u00e9tariat militant) (1902), d\u2019Anselmo Lorenzo, on retrouve parfois les traces de la foi dans la science qui \u00e9claira les premiers pas de l\u2019anarchisme : \u00ab Libert\u00e9 de culte ! Qu\u2019est-ce que signifie le fait qu\u2019ils nous donnent la libert\u00e9 de culte dans un texte de loi, s\u2019ils nous interdisent formellement, au moyen d\u2019une organisation sociale, l\u2019entr\u00e9e dans le temple de la science, vrai culte qui fait de chaque homme un dieu ? \u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Certains historiens ont rep\u00e9r\u00e9 cette passion pour la science dans l\u2019anarchisme espagnol. Toutes les publications de l\u2019\u00e9poque sont pleines de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des ouvrages et \u00e0 des controverses scientifiques qui animaient l\u2019\u00e9poque. Galil\u00e9e, Darwin ou Haeckel devinrent des h\u00e9ros combattant les pr\u00e9jug\u00e9s et la superstition. Dans le m\u00eame temps, la science naturelle \u00e9largissait le regard de l\u2019homme et d\u00e9mystifiait la nature et le cosmos, augmentait la possibilit\u00e9 de transformation du milieu physique et mettait \u00e0 la port\u00e9e de tous l\u2019abondance dont on avait tant r\u00eav\u00e9. Dans le chapitre d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la science et \u00e0 l\u2019anarchisme de son livre <i>Musa libertaria\u00a0 <\/i>(Muse libertaire)[1], Lily Litvak \u00e9crit ainsi :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab Les anarchistes h\u00e9rit\u00e8rent du positivisme la po\u00e9sie attach\u00e9e \u00e0 l\u2019avenir de la science, ainsi que la c\u00e9l\u00e9bration des h\u00e9ro\u00efsmes qu\u2019il suscitait, l\u2019orgueil propre \u00e0 l\u2019homme ma\u00eetre des \u00e9l\u00e9ments et constructeur de machines \u00e9normes et d\u00e9licates qui l\u2019aident dans son entreprise de conqu\u00eate du monde. [&#8230;] Les po\u00e8tes anarchistes louent dignement la science appliqu\u00e9e, qui \u00e9largit les horizons, fait reculer les limites de l\u2019univers et d\u00e9multiplie le pouvoir de l\u2019homme tout en augmentant son bien-\u00eatre. \u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">L\u2019un des auteurs qui ont le plus clairement d\u00e9crit le scientisme des anarchistes, l\u2019historien Jos\u00e9 Alvarez Junco, insiste en outre sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils se faisaient d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e de fa\u00e7on rationnelle.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Le \u00ab positivisme \u00bb anarchiste reprend, sous bien des aspects, l\u2019entreprise d\u2019Auguste Comte et de Saint-Simon. La logique scientifique, appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution sociale, devait engendrer une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9gie de fa\u00e7on transparente selon les principes de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">La science endiguerait d\u00e9finitivement toutes les pulsions ataviques des \u00e9poques pass\u00e9es. Alvarez Junco note \u00e0 ce propos :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Les anarchistes appartiennent \u00e0 la tradition positiviste et socialiste utopique en ces termes : la domination de l\u2019homme par l\u2019homme laissera, en d\u00e9finitive, la place \u00e0 l\u2019administration scientifique des choses. Le positivisme peut aujourd\u2019hui \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une doctrine \u00e0 caract\u00e8re conservateur, rationalisant et stabilisant l\u2019ordre social apr\u00e8s la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Mais dans l\u2019Espagne de la fin du XIXe si\u00e8cle, o\u00f9 manquaient la base sociale bourgeoise et le d\u00e9veloppement intellectuel qui \u00e9taient pr\u00e9sents en France, il se trouva confront\u00e9 \u00e0 une forte opposition de la part des milieux conservateurs [2].\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Les anarchistes espagnols durent faire face \u00e0 une question paradoxale : comment articuler le scientisme avec la croyance en l\u2019existence \u2019un d\u00e9sir de justice et de solidarit\u00e9 instinctif chez l\u2019\u00eatre humain ? Comment concilier d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019id\u00e9e que ce qui \u00e9chappe au<i> <\/i>rationnel menace de retomber dans la barbarie et le chaos, et de l\u2019autre la d\u00e9monstration scientifique faite par Kropotkine d\u2019instincts de communaut\u00e9 et d\u2019entraide inh\u00e9rents \u00e0 la nature humaine ? Comment faire correspondre le progr\u00e8s scientifique avec les tendances de l\u2019esp\u00e8ce ? La science ouvrait-elle vraiment une voie dans les t\u00e9n\u00e8bres, ou bien fallait-il nuancer l\u2019opposition entre raison et instinct, entre culture et nature ?<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">L\u2019historien Alvaro Giron Sierra a justement tent\u00e9 d\u2019expliquer ce paradoxe [3]. Les anarchistes espagnols prirent en consid\u00e9ration les travaux de Kropotkine sur l\u2019entraide, qui permettaient de d\u00e9passer les simplifications du darwinisme social concernant la lutte pour la survie, la s\u00e9lection des mieux adapt\u00e9s, etc. Suivant les arguments de Kropotkine, il \u00e9crit : \u00ab Les instincts sociaux sous-jacents \u00e0 la pratique de l\u2019entraide sont toujours favoris\u00e9s par la s\u00e9lection naturelle. Mais ce n\u2019est pas tout. Il y a une tendance g\u00e9n\u00e9rale de la vie \u00e0 la sociabilit\u00e9. \u00bb Le probl\u00e8me r\u00e9side dans le fait que cette tendance \u00e0 la sociabilit\u00e9 passe philosophiquement pour \u00eatre <i>instinctive<\/i>, et donc irrationnelle. Les anarchistes, influenc\u00e9s par le positivisme, ne peuvent accepter le caract\u00e8re simplement inconscient et irrationnel de l\u2019entraide, facteur pr\u00e9dominant de l\u2019\u00e9volution. La science doit \u00eatre l\u2019outil qui \u00e9tablit solidement et rationnellement cette tendance inn\u00e9e au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e. Comme l\u2019explique tr\u00e8s bien Giron Sierra :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Nous nous dirigeons vers une reformulation du grand probl\u00e8me de la th\u00e9odic\u00e9e de l\u2019origine du mal dans le monde, qui permet, d\u2019une certaine fa\u00e7on, de pr\u00e9server la croyance dans la bont\u00e9 naturelle de l\u2019\u00eatre humain. L\u2019\u00eatre primitif ob\u00e9issait instinctivement \u00e0 la loi de l\u2019entraide, mais ne disposait pas de la connaissance rationnelle de celle-ci. Ceci permet d\u2019expliquer que cette loi s\u2019applique de fa\u00e7on inad\u00e9quate.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Giron Sierra cite pr\u00e9cis\u00e9ment un extrait \u00e9crit par la r\u00e9daction de la revue <i>Natura <\/i>de 1905, qui apportait une r\u00e9ponse aux arguments individualistes et nietzsch\u00e9ens du th\u00e9oricien anarchiste Comas Costa :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Nous opposons \u00e0 l\u2019\u00e9trange et bourgeoise interpr\u00e9tation de la lutte darwinienne pour la survie, l\u2019interpr\u00e9tation scientifique de l\u2019entraide, de l\u2019association pour la vie, base et facteur primordial de toute \u00e9volution du r\u00e8gne animal et du progr\u00e8s des soci\u00e9t\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019entraide ne pouvait \u00eatre vraiment appr\u00e9ci\u00e9e que <i>si elle se transformait en un rigoureux objet de science<\/i>.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Tous ces auteurs ont \u00e9tudi\u00e9 l\u2019id\u00e9ologie et la culture anarchistes sur la p\u00e9riode qui va de l\u2019\u00e9closion de la pens\u00e9e libertaire au d\u00e9but de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Mais, comme le signale Alvarez Junco, \u00ab il est probable que, comme dans le cas du rationalisme et du scientisme, les anarchistes continu\u00e8rent \u00e0 nourrir cette foi bien longtemps apr\u00e8s que ces concepts avaient \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s par les id\u00e9ologues officiels \u00bb. De quels \u00ab id\u00e9ologues officiels \u00bb s\u2019agit-il, nous ne le savons pas, mais la r\u00e9flexion de l\u2019auteur semble juste quand il ajoute :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui pourtant, de petits groupes d\u2019inspiration libertaire existent qui font partie des fervents pessimistes \u00e0 l\u2019endroit de la soci\u00e9t\u00e9 technique future, dans la ligne dystopique des Orwell et Huxley, ce qui montre bien qu\u2019il y avait dans l\u2019id\u00e9ologie anarchiste d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments qui rendaient possible une rupture avec \u00ab l\u2019illusion de la finalit\u00e9 \u00bb et une ouverture vers le \u00ab r\u00e8gne de l\u2019imagination \u00bb [4].\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Les conflits arm\u00e9s et les d\u00e9sastres industriels ont clairement montr\u00e9 que la science recelait des pouvoirs susceptibles d\u2019\u00e9chapper au contr\u00f4le de l\u2019humanit\u00e9 et de se retourner contre elle. Des critiques lucides de la science et de la technologie furent diffus\u00e9es par des auteurs tels que Mumford, Ellul, Fromm ou les sociologues de l\u2019\u00c9cole de Francfort. Les mouvements \u00e9cologistes apparus surtout en Am\u00e9rique du Nord firent contrepoint aux d\u00e9sordres provoqu\u00e9s par les d\u00e9bordements de la technologie, de l\u2019agriculture industrielle, etc. Un \u00e9crivain libertaire am\u00e9ricain aujourd\u2019hui pratiquement tomb\u00e9 dans l\u2019oubli, Paul Goodman, insista justement sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019analyser la fonction que la science devait occuper dans la soci\u00e9t\u00e9. Dans l\u2019un de ses derniers ouvrages, <i>New Reformation <\/i>[5] (1971), il proc\u00e8de \u00e0 un bilan de l\u2019h\u00e9ritage que nous a transmis la science contemporaine. Loin de repousser la science et la technologie, Goodman voit en elles une source permettant \u00e0 l\u2019esprit humain et \u00e0 la culture de s\u2019\u00e9lever. Soulignant les qualit\u00e9s de l\u2019attitude scientifique en tant qu\u2019exercice d\u2019honn\u00eatet\u00e9, d\u2019humilit\u00e9 et de v\u00e9racit\u00e9, il met en relief le fait que la science alimente une communaut\u00e9 de savoirs partag\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Cela ne l\u2019emp\u00eache pas pour autant de d\u00e9noncer la voie perverse que la science a emprunt\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Dans les pays occidentaux, l\u2019orthodoxie scientifique pr\u00e9tend que la science est neutre, et qu\u2019elle est dans les pays communistes esclave (th\u00e9oriquement) de l\u2019id\u00e9ologie. Mais, dans les deux cas, par leur financement comme par leur organisation, la science et la technologie sont tr\u00e8s peu orient\u00e9es vers le bien public, et pas du tout selon des fins qui pourraient nous para\u00eetre id\u00e9ales.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Goodman montre comment la science s\u2019est int\u00e9gr\u00e9e dans les sch\u00e9mas de la technocratie et se voit aujourd\u2019hui soumise \u00e0 la satisfaction des besoins artificiels de la soci\u00e9t\u00e9 de masse :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Loin de gouverner, les scientifiques et les ing\u00e9nieurs sont aujourd\u2019hui un personnel employ\u00e9 par les syst\u00e8mes organis\u00e9s priv\u00e9s ou publics qui est litt\u00e9ralement irresponsable des projets et des programmes qu\u2019il m\u00e8ne \u00e0 bien. Les priorit\u00e9s de ces programmes \u00e9ludent les n\u00e9cessit\u00e9s humaines essentielles.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Bien entendu, en tant qu\u2019acteur de la vague radicale des ann\u00e9es 1960, Goodman exige une d\u00e9centralisation des appareils de pouvoir et de d\u00e9cision qui dirigent l\u2019activit\u00e9 scientifique. Par ailleurs, il mise sur une science ouverte sur la soci\u00e9t\u00e9, qui assumerait une v\u00e9ritable utilit\u00e9 publique au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9cologique. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, il refuse le gigantisme technologique et plaide pour une relocalisation de la technique et des moyens de production. \u00c0 la diff\u00e9rence des anarchistes classiques, il ne croit pas que l\u2019industrialisation en tant que telle puisse b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dansnson ensemble, particuli\u00e8rement en ce qui concerne les pays dits \u00ab sous-d\u00e9velopp\u00e9s \u00bb. Dans son approche anarchiste de la science, la pens\u00e9e de Goodman peut parfois appara\u00eetre comme trop ambigu\u00eb. Malgr\u00e9 ses critiques tr\u00e8s justes de la technocratie et de l\u2019imp\u00e9rialisme \u00e9conomique, il trouve beaucoup d\u2019attrait \u00e0 la conqu\u00eate spatiale et envisage l\u2019entreprise scientifique en g\u00e9n\u00e9ral comme une n\u00e9cessit\u00e9 incontournable de la culture humaine. En cela, il rejoint les anarchistes du pass\u00e9. Pour l\u2019essentiel, il ne s\u2019attaque ni \u00e0 la m\u00e9thodologie propre \u00e0 la science ni \u00e0 ses aspirations \u00e0 une connaissance objective de la r\u00e9alit\u00e9, mais seulement \u00e0 son appropriation ill\u00e9gitime par la classe dirigeante.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Reste \u00e0 imaginer \u00e0 quoi ressemblerait la recherche scientifique au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire et d\u00e9centralis\u00e9e, telle que Goodman l\u2019appelle de ses v\u0153ux. Paul Feyerabend, l\u2019auteur tr\u00e8s controvers\u00e9 de <i>Science in a Free Society <\/i>(La science dans une soci\u00e9t\u00e9 libre, 1978) [6], tente dans ce livre d\u2019apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. Philosophe de la science reconnu, il se r\u00e9clame d\u2019une \u00ab \u00e9pist\u00e9mologie anarchiste \u00bb pour d\u00e9finir le caract\u00e8re non n\u00e9cessairement m\u00e9thodique de l\u2019avanc\u00e9e du savoir scientifique. \u00c0 la vision orthodoxe et classique de la m\u00e9thode scientifique, Feyerabend oppose une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente. Il d\u00e9monte, ou du moins tente de d\u00e9monter le mythe d\u2019une m\u00e9thode scientifique rigoureuse et questionne les fondements suppos\u00e9s rationnels des d\u00e9couvertes scientifiques. Mais sa contribution la plus importante r\u00e9side dans l\u2019attaque lanc\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre du conformisme et de l\u2019orthodoxie renferm\u00e9e sur elle-m\u00eame dont font preuve les scientifiques, qu\u2019il taxe de classe organis\u00e9e autour d\u2019une vision doctrinaire du savoir, excluant d\u2019autres formes possibles de connaissance. Feyerabend va beaucoup plus loin que Goodman sur certains points, puisqu\u2019il s\u2019attaque au c\u0153ur m\u00eame de la doctrine scientifique sur des questions telles que l\u2019objectivit\u00e9 ou la rationalit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Si les travaux de Feyerabend sont \u00e0 la fois extr\u00eamement int\u00e9ressants et d\u00e9rangeants, c\u2019est parce qu\u2019ils mettent en lumi\u00e8re le caract\u00e8re profond\u00e9ment id\u00e9ologique de la science contemporaine. Ce philosophe conteste la pr\u00e9tendue sup\u00e9riorit\u00e9 du savoir scientifique et consid\u00e8re que la science s\u2019est transform\u00e9e en une religion officielle d\u2019\u00c9tat, comme le fut en son temps le catholicisme. Feyerabend ne se d\u00e9finit pas comme anarchiste, en tout cas pas au sens politique. Quand il demande la s\u00e9paration de la science et de l\u2019\u00c9tat, il ne s\u2019interroge pas sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ce dernier. Cela n\u2019en rend pas moins int\u00e9ressante la pol\u00e9mique qu\u2019il soul\u00e8ve. Pourquoi, en effet, la recherche scientifique est-elle syst\u00e9matiquement pr\u00e9sent\u00e9e comme b\u00e9n\u00e9fique pour la soci\u00e9t\u00e9 ? Pourquoi la soci\u00e9t\u00e9 devrait-elle continuer \u00e0 d\u00e9ployer toujours autant d\u2019efforts pour soutenir la recherche ? Et plus particuli\u00e8rement : pourquoi la science \u2014 telle qu\u2019elle est consid\u00e9r\u00e9e en Occident \u2014 devrait-elle \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e par rapport \u00e0 d\u2019autres moyens d\u2019\u00e9tablir la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne, l\u2019institution scientifique a acquis le monopole incontestable du savoir. Malgr\u00e9 tous les d\u00e9sastres engendr\u00e9s par l\u2019agriculture industrielle, la production m\u00e9canis\u00e9e, la m\u00e9decine scientifique, le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9quipement militaire, etc., la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas retir\u00e9 la confiance qu\u2019elle avait plac\u00e9e dans la communaut\u00e9 scientifique. Pour Feyerabend, la symbiose \u00c9tat-Science est une menace pour la d\u00e9mocratie : \u00ab L\u2019entreprise m\u00eame [la science] qui un jour dota l\u2019homme des id\u00e9es et de la force pour se lib\u00e9rer des peurs et des pr\u00e9jug\u00e9s d\u2019une religion tyrannique le transforme aujourd\u2019hui en un esclave de ses int\u00e9r\u00eats. \u00bb Sa revendication d\u2019une participation directe du citoyen aux d\u00e9cisions que prend la soci\u00e9t\u00e9 en termes de choix des objets de recherche scientifique, ainsi que sa proposition d\u2019une pluralit\u00e9 de m\u00e9thodes et de savoirs, ouverte \u00e0 d\u2019autres traditions de pens\u00e9e et de pratiques, vont dans le sens d\u2019une philosophie libertaire.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">La revue fran\u00e7aise <i>R\u00e9fractions, <\/i>consacr\u00e9e comme l\u2019indique son sous-titre aux \u00ab recherches et expressions anarchistes \u00bb, a publi\u00e9 en 2004 un dossier d\u00e9di\u00e9 enti\u00e8rement au probl\u00e8me de la science, de sa relation au pouvoir, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 la position que l\u2019anarchisme devrait adopter face \u00e0 cette question [7]. Les collaborateurs du dossier, scientifiques et libertaires, situent de fa\u00e7on lucide les enjeux cruciaux. Ils reconnaissent tout d\u2019abord que la science a signifi\u00e9 pour beaucoup un facteur de progr\u00e8s et d\u2019\u00e9mancipation, tout en admettant ensuite : \u00ab Mais cette \u00e8re scientifique s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un exc\u00e8s d\u2019optimisme et a donn\u00e9 naissance \u00e0 des courants extr\u00eames (scientisme, positivisme politique et religieux, etc.) faisant ainsi de la science un nouveau dogme. \u00bb Vient ensuite une longue liste de catastrophes \u00e9cologiques et militaires, fruits de l\u2019invention scientifique alli\u00e9e au pouvoir. Toutefois, inquiets de la vague de r\u00e9action antiscientifique, de relativisme, de culte de l\u2019irrationnel, etc., ils affirment dans le m\u00eame temps la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver un \u00e9quilibre entre les exc\u00e8s du scientisme et l\u2019extr\u00e9misme antirationnel. Par ailleurs, ils n\u2019h\u00e9sitent pas, tr\u00e8s honn\u00eatement, \u00e0 admettre que \u00ab derri\u00e8re les choix de valeurs des scientifiques se dissimulent trop souvent des rapports de force \u00bb, \u00e9cartant de ce fait l\u2019id\u00e9e par trop ing\u00e9nue d\u2019une \u00ab neutralit\u00e9 de la science \u00bb. Les institutions scientifiques \u00e9tant model\u00e9es par les exigences du pouvoir, effectivement, comment pourrait-on innocenter la science ? C\u2019est la raison pour laquelle ils d\u00e9clarent :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Pour nous, en tant qu\u2019anarchistes et en tant que scientifiques, les rapports existant entre science et pouvoir constituent un probl\u00e8me en soi ; malheureusement, d\u00e9noncer les rapports de force qui se cachent derri\u00e8re la pr\u00e9tendue neutralit\u00e9 des experts scientifiques ne suffira pas \u00e0 le r\u00e9soudre.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Une fois pos\u00e9es ces id\u00e9es de base, les auteurs envisagent une analyse qui favoriserait des ponts entre science et soci\u00e9t\u00e9, et qui d\u00e9bouche, \u00e0 la fa\u00e7on de Goodman ou de Feyerabend, sur un id\u00e9al de d\u00e9mocratie participative englobant la recherche scientifique elle-m\u00eame \u2014 une chose qui est aujourd\u2019hui impensable, dans le cadre du mod\u00e8le social que nous subissons. Malgr\u00e9 tout, certains articles du dossier portent la marque de ces pr\u00e9jug\u00e9s positivistes et progressistes qu\u2019on trouve fr\u00e9quemment chez les scientifiques, et que dissimule \u00e0 peine ce semblant d\u2019ouverture au dialogue, bien qu\u2019il s\u2019agisse l\u00e0 d\u2019un vaillant essai de mise au point relatif \u00e0 ces questions, le dossier dans son ensemble est quelque peu d\u00e9cevant par l\u2019absence d\u2019une v\u00e9ritable confrontation d\u2019id\u00e9es entre les positions les plus r\u00e9fractaires et celles qui sont, en quelque sorte, plus traditionnelles.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Il convient de pr\u00e9ciser que ce dossier de <i>R\u00e9fractions <\/i>est paru \u00e0 un moment o\u00f9 fleurissaient les manifestations critiques vis-\u00e0-vis de la science dans le milieu radical fran\u00e7ais. Dans le sillage d\u2019actions de refus provoqu\u00e9es en France par l\u2019application de l\u2019ing\u00e9nierie g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019agriculture, des analyses allant dans le sens d\u2019une critique antiscientiste virent en effet le jour. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but de ce si\u00e8cle paraissaient aux \u00c9ditions de l\u2019Encyclop\u00e9die des Nuisances divers textes et opuscules remettant en question la l\u00e9gitimit\u00e9 de la technoscience et d\u00e9non\u00e7ant les d\u00e9sastres de l\u2019agriculture transg\u00e9nique. Peu de temps apr\u00e8s, de petits groupes entreprirent des travaux de critique globale de la science et de la technologie. Ces collectifs, d\u2019orientation clairement antiautoritaire, ont constitu\u00e9 une sorte de r\u00e9novation salutaire de la pens\u00e9e anarchiste.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">L\u2019un de ces groupes, Pi\u00e8ces et main d\u2019oeuvre (PMO), bas\u00e9 \u00e0 Grenoble, a d\u00e9velopp\u00e9 un important travail critique sur le terrain des nanotechnologies. Il faut savoir \u00e0 ce sujet que la ville de Grenoble a constitu\u00e9, et continue d\u2019\u00eatre, le terrain d\u2019essai privil\u00e9gi\u00e9 des laboratoires et industries lanc\u00e9s dans la cr\u00e9ation et la promotion de cette nouvelle technologie. L\u2019\u00e9dition d\u2019un bulletin d\u2019information et de critique, ainsi que ses actions de contestation, ont valu \u00e0 ce collectif d\u2019attirer les foudres des autorit\u00e9s et des forces de l\u2019ordre, ce qui ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de poursuivre dans la m\u00eame voie. Comme dans le cas des biotechnologies, PMO a d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises l\u2019opacit\u00e9 dans laquelle se d\u00e9roulent les recherches sur les nanotechnologies, les int\u00e9r\u00eats inavouables qu\u2019elles recouvrent, ainsi que les possibles cons\u00e9quences \u00e9cologiques et sanitaires que l\u2019introduction de ces technologies pourrait avoir sur la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019environnement. La France investit aujourd\u2019hui de grandes quantit\u00e9s d\u2019argent dans ce nouveau filon industriel, sans que personne ou presque n\u2019en sache quoi que ce soit. Pour un groupe comme PMO, il est clair que la pr\u00e9tendue neutralit\u00e9 scientifique n\u2019est qu\u2019un leurre qui se d\u00e9truit lui-m\u00eame. Voici ce qu\u2019il affirme dans l\u2019un des livres qu\u2019il a publi\u00e9s :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0On peut discuter des applications \u00ab bonnes \u00bb ou \u00ab mauvaises \u00bb de la recherche, soutenir que \u00ab l\u2019outil est neutre \u00bb et l\u2019usage seul en cause, qu\u2019il ne faut pas \u00ab jeter le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain \u00bb, \u00ab le bon grain avec l\u2019ivraie \u00bb, etc., mais un fait demeure indiscutable : dans un monde o\u00f9 s\u2019opposent dominants et domin\u00e9s, tout \u00ab progr\u00e8s des connaissances \u00bb sert d\u2019abord les dominants, leur sert d\u2019abord \u00e0 dominer, et autant que possible \u00e0 rendre leur domination irr\u00e9versible [8].\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">La France \u00e9tant un pays pionnier dans la recherche, avec un budget destin\u00e9 \u00e0 la science sup\u00e9rieur \u00e0 celui de pays tels que l\u2019Espagne, toutes ces questions y tiennent une place particuli\u00e8re. La conscience d\u2019une \u00e9cologie humaine et sociale a aliment\u00e9 dans certains milieux contestataires un refus du scientisme. Le groupe Oblomoff, form\u00e9 en 2004 par de jeunes chercheurs et universitaires bas\u00e9s originellement \u00e0 Paris, a \u00e9galement foment\u00e9 un d\u00e9bat radical sur la fonction de la science dans la soci\u00e9t\u00e9 \u2014 d\u00e9bat qui, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 sa juste mesure, mais dont personne ne peut nier l\u2019existence. Ce groupe, en diffusant textes et pamphlets, est intervenu dans des discussions et des rassemblements scientifiques, montrant ainsi son d\u00e9saccord et invitant \u00e0 l\u2019action directe pour contrer l\u2019apathie des citoyens face \u00e0 l\u2019alliance de la science et du pouvoir. On peut ainsi lire, dans la pr\u00e9sentation d\u2019un recueil de leurs \u00e9crits d\u2019agitation :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0Nous appelons \u00e0 \u00e9tablir les liens encore possibles entre toutes les personnes qui, issues ou non du milieu scientifique, parfois s\u2019ignorent et entendent r\u00e9sister en acte \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e de la technoscience. La question n\u2019est pas de rapprocher la science du citoyen, mais de casser la logique de l\u2019expertise, de d\u00e9noncer le mensonge de la neutralit\u00e9 de la recherche et d\u2019emp\u00eacher la science contemporaine de contribuer, au jour le jour, \u00e0 d\u00e9truire la politique, la rempla\u00e7ant par une affaire technique [9].\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">PMO et le groupe Oblomoff parlent explicitement de \u00ab technoscience \u00bb, \u00e9tant \u00e9tabli que la recherche scientifique est aujourd\u2019hui un terrain enti\u00e8rement domin\u00e9 par les applications technologiques et industrielles. Et c\u2019est bien pour cela qu\u2019ils d\u00e9noncent le mythe de la \u00ab science pure \u00bb, de la \u00ab recherche fondamentale \u00bb, pointant du doigt la responsabilit\u00e9 des scientifiques dans la production de savoirs qui, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, servent la l\u00e9gitimation et le perfectionnement du syst\u00e8me de domination actuel. L\u2019impact de ces groupes est rest\u00e9 marginal, mais leur activit\u00e9 n\u2019en est pas pour autant moins importante. De fait, la persistance de ces courants \u00ab anti-industriels \u00bb, sous forme de publications, d\u2019analyses et d\u2019interventions publiques, est un signe de leur importance vis-\u00e0-vis d\u2019autres variantes que l\u2019anarchisme a pu conna\u00eetre au cours du temps (insurrectionalisme, anarcho-primitivisme, courants antimondialisation, etc.).<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">Peut-on voir un parall\u00e8le entre la critique f\u00e9roce de la religion par les premiers anarchistes et ce qui s\u2019\u00e9nonce aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019encontre du dogmatisme scientifique ? Bien qu\u2019il ne s\u2019agisse pas ici d\u2019apporter une r\u00e9ponse d\u00e9finitive, cette question devrait recevoir toute l\u2019attention qu\u2019elle m\u00e9rite.<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><strong><span style=\"color: #000000\">Jos\u00e9 Ardillo<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">(<em>Al Margen<\/em> [Valencia], n\u00b0s 75, 76 et 77, entre 2010 et 2011. Republi\u00e9 dans la brochure <em>\u00ab\u00a0Un anarchisme de l&rsquo;abondance ? et autres textes\u00a0\u00bb<\/em> (<\/span><a href=\"https:\/\/contrelescientisme.noblogs.org\/files\/2022\/10\/anarchismeabondanceardillo.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">pdf<\/a><span style=\"color: #000000\">) ; et dans <em>La libert\u00e9 dans un monde fragile &#8211; Ecologie et pens\u00e9e libertaire<\/em>, L&rsquo;Echapp\u00e9e, 2018)<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><strong><span style=\"color: #000000\">NOTES<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">1. Lily Litvak, <i>Musa libertaria. Arte<\/i>, <i>literatura y vida cultural del anarquismo espanol (1880-1913)<\/i>, Madrid, Fundaci\u00f2n Anselmo Lorenzo, 2001.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">2. Jos\u00e9 Alvarez Junco, <i>La Ideolog\u00eda pol\u00edtica del anarquismo espanol (1868-1910), <\/i>Madrid, Siglo XXI, 1976.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">3. Alvaro Giron Sierra, <i>En la mesa con Darwin. Evoluci\u00f3n y revoluci\u00f3n en el movimiento libertario en Espana (1864-1914), <\/i>Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, 2005.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">4. Publi\u00e9s en 1976, ces mots restent aujourd\u2019hui toujours valables.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">5. Paul Goodman, <i>New Reformation : Notes of a Neolithic Conservative <\/i>[La nouvelle R\u00e9forme. Notes d\u2019un conservateur n\u00e9olithique], Oakland, PM Press, 2010.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">6. Paul Feyerabend, <i>Science in a Free Society<\/i>, Londres, Verso, 1982.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">7. Dossier \u00ab Visages de la science \u00bb, <i>R\u00e9fractions <\/i>n\u00b0 13, automne 2004.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">8. PMO, <i>Aujourd\u2019hui le nanomonde. Nanotechnologies, un projet de soci\u00e9t\u00e9 totalitaire, <\/i>Montreuil, L\u2019\u00e9chapp\u00e9e, 2008.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left\" align=\"left\"><span style=\"color: #000000\">9. Groupe Oblomoff, <i>Un futur sans avenir. Pourquoi il ne faut pas sauver la recherche <\/i><i>scientifique, <\/i>Montreuil, L\u2019\u00e9chapp\u00e9e, 2009.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p align=\"left\"><span style=\"color: #000000\"><em>via Indymedia<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jos\u00e9 Ardillo ANARCHISME ET SCIENCE (Al Margen [Valencia], n\u00b0s 75, 76 et 77, entre 2010 et 2011 &#8211; Traduit de l&rsquo;espagnol) La philosophie anarchiste a d\u00e8s l\u2019origine litt\u00e9ralement v\u00e9n\u00e9r\u00e9 la science \u2014 aucun doute n\u2019est possible \u00e0 cet \u00e9gard. 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